Joris GHILINI
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biographie
/ 02« Je suis artiste plasticien. Je peins et je sculpte principalement sur bois. Mon travail s’ancre dans la matière, dans le geste, dans un rapport physique et direct à l’objet. J’emploie diverses techniques, mais l’acrylique reste mon médium de prédilection pour sa souplesse, sa rapidité et sa capacité à suivre mes expérimentations. J’aime chercher, détourner, explorer. Rien n’est figé : chaque pièce devient un terrain d’essai.
L’histoire de l’art me passionne, en particulier la peinture américaine. Sa liberté, sa force formelle, sa radicalité nourrissent mon regard et influencent ma pratique. Elle est là, en filigrane, silencieuse mais présente dans l’atelier — comme une mémoire vivante.
Mes outils sont simples, concrets : scie, perceuse, pinceaux. Ils incarnent une approche directe, engagée, artisanale. Je travaille les surfaces avec minutie et privilégie la cire aux vernis : son fini mat et organique reste fidèle à la matière, à l’esprit de mon travail.
Je passe l’essentiel de mon temps dans mon atelier, au cœur du 4ᵉ arrondissement de Paris. C’est là que tout naît. Un lieu de travail dense, parfois chaotique, mais toujours créatif. Travailler sans relâche, c’est ma manière d’habiter le monde, de donner corps à mes idées.
« Archives pour mémoire »
Copier une œuvre, c’est reconnaître une vision qui résiste au temps. C’est saluer un geste inaugural, une force plastique ou spirituelle dont l’écho traverse les âges. En reproduisant des chefs-d’œuvre de Van der Weyden, Picasso, Chagall, Basquiat ou Warhol, je rends hommage à ces éclats de génie, tout en les projetant dans un autre régime d’existence — celui de notre époque saturée, instable, au bord du basculement.
Chaque réplique est peinte sur bois, lentement, dans une attention presque liturgique. Mais rien n’est figé. L’œuvre est ensuite altérée, lacérée, fragmentée. Cette destruction n’est pas une fin mais une mue. En réparant l’image, je la transforme : elle devient trace, cicatrice, mémoire incarnée. Conservée sous Plexiglas, elle flotte — entre artefact ancien et relique d’un futur possible.
Ce processus relève d’un archivage spéculatif. Une tentative de préserver ce qui, demain, pourrait s’effacer. Dans un monde qui documente tout mais oublie vite, je fabrique une mémoire vivante, instable, réparée. Une mémoire pour après.
Car le contexte bascule : la Terre devient incertaine. L’humanité envisage l’exil, s’imagine ailleurs. Et si nous devions partir, que sauverions-nous ? Ces œuvres deviennent alors des objets de transmission, des capsules culturelles prêtes à voyager dans l’espace et dans le temps. Leur lévitation n’est pas symbolique : elle évoque l’apesanteur, l’absence de sol, l’étrangeté d’un futur où rien n’est acquis.
Ce ne sont pas des copies. Ce sont des hommages réparés. Des fragments d’humanité — hybrides, archaïques, futuristes — enfermés dans des balises de survie esthétique. Une collection spéculative, à la fois intime et universelle, pensée pour les mondes à venir. »